Histoire Canadienne De Marathon

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New York City Marathon Medal
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… et soudainement, c'est plein de
gens et full animation! Des coureurs, des cyclistes, des patineurs. C'est
l'anarchie, et j'adore!"
 
  Robert Davidson
  Montreal 2003


Déjà aux aurores on savait que la journée allait être cuisante au max! Une chaleur caniculaire qui allait certainement nous ralentir, mais je ne prenais pas cette course au sérieux. En effet, j'avais couru le Marathon de Québec deux semaines avant…

Le marathon de Montréal allait surtout avoir le mérite de reconstituer la diaspora des marathoniens Montréalais qui doivent courir ailleurs, comme à Québec, New York, Chicago, Boston, car il n'y a pas eu de marathon ici depuis 13 ans.

Les coureurs sont une espèce grégaire

Ce n'est pas tout le monde qui trouve qu'il est sage de courir deux marathons en deux semaines, mais j'espérais que Louise Voghel, qui nous avait montré un superbe chrono de 3 heures pile à Québec, vienne faire un tour.

Est-ce qu'on verra Sylvie Watts? Roger Cool? Sheila Foley? Est-ce que nos spécialistes du 10 k, comme Fiona Green et Stéphane Guertin, seront tentés par une course de grand fond ici, dans leur cour?

En prime, je m'attends presque à voir des coureurs que je n'ai pas vus depuis une mèche, ni ailleurs ni ici, Paula Ingerman, Geneviève Parent, peut-être même Steven Drinkwater?

Sur le pont Jacques Cartier, au départ, je ne vois personne que je reconnaisse. Où sont everybody? Je vois bien Chantale Mercier, en avant avec l'élite, et c'est tout. Est-ce la chaleur qui a rebuté les coureurs?

Courir… nulle part

Le pont Jacques Cartier donne sur l'est du centre-ville de Montréal et se verse dans le cœur des quartiers que je connais si intimement. Mais on ne fait que 100 mètres sur le pont, le temps d'une photo sous la bannière des commanditaires, et on descend aussitôt par une bretelle abrupte qui plonge dans un stationnement désert! Voilà ce que nous sommes soudain : un triste filet de coureurs sur une chaussée friable, ravagée par l'acné urbaine.

Et la chaleur qui écrase tout, et le soleil de plomb qui efface déjà tout relief… la journée va être longue!

Après les terrains déserts, et, heureusement, quelques aperçus aussi agréables que furtifs du fleuve, on s'engouffre sous les viaducs d'autoroutes aériennes et dans des recoins industriels quasiment inhabités, qui n'ont vu de vie citadine active qu'au début du siècle dernier. Luisant de sueur, la camisole détrempée, je cours seul, ou à peu près. Après la désolation du départ anonyme, je me sens comme le héros d'Alan Sillitoe: je me sens comme le dernier homme sur terre.

La vie reprend

Pour me distraire je décide de hausser la cadence. Je viens de passer la mi-course. C'est le signal de me grouiller.

C'est alors que le parcours débouche sur le boulevard de LaVérendry… et soudainement, c'est plein de gens et full animation! Des coureurs, des cyclistes, des patineurs. C'est l'anarchie, et j'adore! En entrant dans le parc Angrignon, kilomètre 28, je rattrape un coureur que je connais bien, mon ami Pierre!
- Hey Pierre!
- Salut Robert!
Presque au même moment un autre ami, Peter, se pointe à nos côtés!
- Hey Peter!
- Salut Ro-bairre!
- Peter, tu connais Pierre?
- Non, salut Pi-airre!
- Pierre, Peter!
- Salut Peter.

Nous avions l'air des trois meilleurs amis du monde, à parler de course sous la canicule.

Une autre surprise m'attendait.
- Les gars, vous voyez la petite femme, tête blanche, près du gros arbre? C'est ma mère! Je vais aller lui parler.
J'avais dit à ma mère que le marathon passerait près de chez elle. C'est la première fois qu'un membre de ma famille vient voir une compétition à laquelle je participe. La voir là me fait vraiment chaud au cœur.

Je n'ai pas voulu m'approcher trop d'elle - la sueur et l'odeur - mais je me suis installé sous son arbre. "Comment va le père, les frères, la sœur, la santé? Pas trop chaud pour être dehors?"

Je n'osais pas m'éterniser, car il me restait 14 kilomètres à courir. "Embrasse tout l'monde pour moi, je dois y aller…"

Le cœur léger, parfaitement réconcilié avec la vie, avec ce marathon et cette chaleur d'enfer, je reprends le pointillé bleu.

Je n'étais pas au bout de mes surprises.

Cent mètres plus loin, Pierre et Peter trottinent un peu en retrait du parcours, sous une lame d'ombre…

- Qu'est-ce que vous faites? Ça n'avance pas votre affaire!

- On t'attendait…

Les deux gars, qui ne se connaissaient pas il y a 10 minutes, décident de m'attendre ensemble alors que je prenais une pause pour parler avec ma mère.

Un dernier effort

Quelques kilomètres plus loin la fatigue me rattrape et pour la combattre, et espérer terminer tout d'un morceau, j'ai décidé de maintenir un bon pas, et augmenter la cadence lorsque le parcours s'y prêtait. Bref, en finir au plus sacrant!

Pierre et Peter ont opté pour une stratégie plus conservatrice qui n'aurait pas convenu à ma situation. Je ne pouvais pas me permettre d'éterniser ça. J'ai perdu Peter et Pierre alors qu'on traversait le Chinatown, en route vers le quartier latin et l'arrivée au Parc Lafontaine.

Je n'ai pas couru le marathon de Montréal depuis cette course en 2003. On me dit que le parcours est plus intéressant et l'organisation plus aguerrie d'année en année. J'y reviendrai peut-être un jour car cette course demeure marquante pour moi. Je ne suis pas prêt d'oublier ce long supplice où, pour dire comme le romancier Laurent Gaudé, la pierre gémissait de chaleur, suivi d'un moment halitueux, des plus délicieux, avec deux bons amis et ma mère au kilomètre 28… Ce que j'aimerais oublier, c'est le chrono de misère que j'ai rapporté!
 

 

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